Monstre(s) – Angoisse et consentement

En dehors du fait que je suis contente de faire un peu les poussières du blog en venant poster du neuf, je suis surtout très heureuse de pouvoir enfin partager le présent court-métrage donc je vais vous parler.

Monstre(s) est le premier court-métrage de sept minutes réalisé par Pol Thauvoye, jeune producteur et réalisateur autodidacte. Passionné de cinéma et d’écriture depuis son plus jeune âge, il prend très vite goût aux films de genre et autres thrillers d’angoisse. Influencé par des réalisateurs populaires, il trouve également son inspiration dans de petites productions indépendantes de festival (on notera notamment les très doués David F. Sandberg et Bryce McGuire dont je vous parlerai une autre fois.)

Monstre(s) propose d’emblée un contexte à la fois trivial et perturbant : une jeune femme se fait raccompagner par son rendez-vous qui insiste lourdement, malgré ses multiples refus, pour prendre un dernier verre chez elle.

Et tout l’intérêt du court-métrage, outre sa très belle photographie, réside bien dans le malaise de la relation malsaine instaurée entre les deux personnages. Sous une couverture angoissante et fantastique, Monstre(s) met en avant l’importance du consentement et la triste banalité du harcèlement d’un individu sur un autre, se gratifiant donc au passage d’un message féministe et dénonciateur.
On aurait certes pu attendre plus de tension en terme d’angoisse, cependant Monstre(s) tire bel et bien sa force de sa simplicité, ouvrant ainsi les portes de l’interprétation tout en conservant un message clair et concis ; comme l’appuie le titre, un monstre en cache souvent un autre, ou n’est pas toujours celui qu’on croit…

Unfriended – Le virus informatique, cauchemar 2.0

Unfriended, outre son titre original très discutable (Cybernatural, really ?), est une sacrée prise de risque pour le genre horrifique. Avec aussi peu de moyens, et une session Skype d’une heure et demie comme plan séquence, le film avait de grandes chances de se casser la gueule. Et pourtant, il se démarque très vite par sa capacité à innover en matière d’épouvante.

Le pitch : Après le suicide d’une jeune lycéenne, un groupe d’adolescents se connecte sur Skype pour discuter, quand un intrus s’incruste dans la conversation afin de les terroriser.

Le film s’ouvre tout de suite sur un écran de Mac. Pas une caméra qui filme un moniteur, non ; l’écran fait tout le plan : le film semble se passer sur *votre* ordinateur (effet garanti si vous regardez le film sur votre Mac.) Le contexte est rapidement mis en place à travers l’écran de Blaire, l’un des personnages. C’est par sa main, ses clics et messages divers que nous suivrons donc toute l’intrigue. Ce procédé d’identification s’avère d’une indéniable efficacité. Sur tous les plans, le spectateur est alors complètement immergé. Il est impossible de s’enfuir du cadre imposé par le réalisateur : l’écran de Blaire est un huit-clos où l’on ne peut s’enfuir indemne.

La confusion entre l’écran du film et son propre écran dépassée, l’identification se poursuit à travers les actions triviales des personnages qui s’envoient des messages via iMessages, Skype et Facebook. Ils écoutent de la musique sur Spotify, ouvrent des dossiers zip, et regardent des vidéos sur Youtube. Si la plupart de ces détails peuvent être tout à fait inconnu aux plus de 60 ans (pas de généralisation, ma grand-mère a Facebook), ils sont pour le public cible une réalité quotidienne qu’il retrouve alors dans la fiction, transformant d’autant plus l’écran du personnage en miroir de ses propres habitudes. La justesse du cadre est telle que les bugs visuels et audios propres aux logiciels de téléphonie sont également conservés : est-on réellement dans la fiction, ou faisons-nous l’objet d’un partage d’écran forcé ? La limite est moindre, et pour cause : la perte de contrôle devient très rapidement le noyau de l’intrigue.

Le film dénonce globalement les déviances de la technologie sur la génération Y, et immortalise alors les conséquences néfastes de sa dépendance pour le monde virtuel. Les progrès informatiques et la montée des réseaux sociaux a considérablement modifié le comportement de l’individu lambda ; l’image de l’adolescent en quête du plus grand nombre de like n’est plus à présenter. Dans ce besoin maladif de faire le buzz, la clémence et l’empathie sont vite remplacées par la cupidité et le mouvement de foule. « On l’a fait parce que tout le monde le faisait. » Exemple type du regret sincère qu’on éprouve trop tard, une fois que le mal est fait. Solidarité zéro et influence totale.

Inspiré de faits réels, le film se base donc sur le cyber-shaming (ou le cyber-bullying), qui consiste à humilier une personne sur Internet, par une photo, une vidéo, ou simplement des mots censés lui faire défaut. De nombreuses victimes de cybershaming se sont données la mort suite au harcèlement constant dont ils étaient la cible. C’est le cas du personnage de Laura Barns, qui revient sous la forme d’un virus informatique destiné à se venger.

Si le film se base sur une traditionnelle (et redondante et bancale…) hypothèse de possession démoniaque – ici adaptée au monde informatique -, il rappelle surtout via ce procédé qu’on ne contrôle jamais vraiment ce (et ceux) que l’on pense connaître. Qu’il s’agisse d’Internet, de son ordinateur ou de ses propres relations, chaque sujet a sa part d’ombre et le contrôle n’est jamais vraiment acquis : votre Facebook est piraté, votre ordinateur ne vous répond plus, et vos meilleurs amis vous ont déjà trahis. Dans un monde où le virtuel régit de plus en plus nos vies, Unfriended laisse entendre que, sur le long terme, personne n’est épargné.

Le film n’est pas sans défauts pour autant. La dimension surnaturelle frôle rapidement le cliché et la fin aurait gagné à être rognée de trois secondes (no spoil c’est promis.) Certaines scènes tombent vite dans le ridicule plus que dans l’effroi ; plutôt que de mettre un peu de sang ça et là, l’ensemble aurait dû se contenter de ce jeu de connexion et de hack, bien plus actuel et effrayant dans le contexte établi. Si le film met réellement mal à l’aise, on ne peut pas vraiment dire qu’il soit terrifiant pour autant.

Pour conclure, Unfriended innove là où Poltergheist avait déjà préparé le terrain avec la télé en 1982 : le mal est réel, et il existe dans ce et ceux qu’on pense être nos alliés au premier abord. Si Internet et la réalité virtuelle ne sont que le prolongement de l’esprit de l’homme, ils ont suffisamment prouvé leur suprématie sur notre entendement et notre logique. Sartre le disait déjà à l’époque : l’enfer, c’est l’autres ; et sur le net, surprise : pas de place pour les états d’âme.

Voir la bande-annonce

Féebrile – (Auto)portraits macabres

258190Prisonerofmybox

J’ai découvert Féebrile il y a maintenant plusieurs années. Quand j’ai commencé à m’intéresser à l’art sous toutes ses formes, j’ai très vite trouvé goût à la splendeur du macabre et à la beauté que l’on peut trouver dans l’horreur. Facile de comprendre, donc, ce qui m’a plu dans son univers.

pcg

Laforet

4327

Féebrile, de son vrai nom Isabelle Royet-Journoud, est une photographe autodidacte à l’univers sombre et funèbre, peuplé de fantômes et d’autres souvenirs. Dans ses clichés en noir et blanc où évoluent créatures, freaks, et autres individus, la dimension du rêve et plus globalement du cauchemar sont clairement dépeintes. Les jeux de lumières et les flous associés à la composition très recherchée du cliché proposent des représentations effrayantes et fascinantes d’une réalité souvent multiple.

deux

PHOT0008.JPG

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

1937

Angoisses, enfance, sexe, conte de fées…, Féebrile livre son univers où les certitudes des uns viennent se heurter à celles des autres. Entre invocations et apparitions, les dimensions se croisent et permettent à l’invisible de se manifester et à l’effroi de devenir palpable. Les énergies néfastes ou simplement méconnues sortent de l’ombre pour se mêler à la chair du commun des mortels : les limites sont repoussées pour libérer les chimères de l’âme et les spectres de l’esprit.

trois

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

011v

502887Sansfin

Il y a dans ses photos une atmosphère à la fois momentanée et ancienne, où le viscéral côtoie la douceur de la mémoire abstraite. On retrouve dans ses compositions l’ambiance des premiers clichés de fantômes de William Mumler, couplée à une horreur plus contemporaine et des angoisses universelles.

pano

Insula – l’être et l’avatar de Jon Jacobsen

pano

Je suis très heureuse de vous faire partager l’une de mes récentes découvertes, qui n’est autre que l’art de Jon Jacobsen. Car jusqu’ici, j’ai pu aborder les thèmes du cinéma, de la photo, de l’illustration et même de la mode, mais rien concernant les arts numériques. Dans la mesure où je suis une toute jeune designer graphique en devenir, il me tardait de pouvoir parler d’un sujet conciliant quelque chose d’effrayant à un medium très actuel. Dans ce cas précis, il s’agit du gif, format d’image numérique que l’on ne présente plus.

Jon Jacobsen est un jeune artiste chilien diplômé en arts graphiques et communication visuelle. À ce cursus académique vient s’ajouter un autre parcours autodidacte en matière de concept artistique : à quinze ans, il s’essaie à l’autoportrait en mélangeant la photo et l’illustration, qu’il manipule ensuite à l’aide du numérique pour un résultat plus innovant que ce que pourrait proposer une image fixe. Si je compte vous parler de son rapport au pictural dans un autre article, celui d’aujourd’hui sera consacrée à son projet Insula, qui fait se confronter l’homme et le numérique.

2

4

5

À travers ces portraits animés, Jon Jacobsen dépeint un être vivant hybride et robotique, qui mélange l’humain et l’organique avec l’avatar et le scientifique ; l’Homme 2.0. À l’ère du numérique où nous ne semblons ne faire plus qu’un avec nos ordinateurs et autres accessoires du monde digital, ces réalisations viennent répondre à cette problématique en proposant une métaphore de l’individu tel qu’il s’est transformé au cours de ces dernières années.

6

7

Le corps est en lambeaux, se déchire, et se transforme. L’homme est en mutation totale, son être et son identité tout entière se développent pour ne faire plus qu’un avec le numérique qui fait désormais partie intégrante de son essence propre. Le réel et le virtuel ne font plus qu’un.

8

Et malgré l’aspect indéniable de la transformation présentée, l’âme se montre pourtant en conflit avec le corps, qui subit plus sa nouvelle nature qu’il ne l’accueille vraiment. La mutation est douloureuse, les membres se tordent sous les muscles qui s’ouvrent, le sang est froid et est insoumis à la gravité ; la peau est rongée et les os sont dissous. Le corps n’est plus maître de lui-même, et se meurt doucement en esclave du numérique qu’il n’arrive plus à contrôler.

9

10

Une oeuvre, donc, tout aussi esthétique que réflexive, qui allie avec brio la modernité au concept d’identité.

 

Pour les plus chanceux, Insula est en ce moment exposée au Centre d’art Contemporain de La Chaux-de-Fonds en Suisse.

12

Les costumes de Katarzyna Konieczka

8© Marcin Szpak

L’un des buts premiers de ce blog est de montrer comment l’art non conventionnel, et plus particulièrement le macabre, méritent tout aussi bien leur titre d’oeuvre d’art que leur voisin académique. Et si jusqu’ici nous avons surtout discuté cinéma et art graphique, la mode n’échappe pas non plus à la règle, comme nous le montrent les créations de Katarzyna Konieczka, costumière et designer polonaise.

5© Christian Martin Weiss

Les créations avant-gardistes qu’elle propose sont généralement destinées aux podiums des défilés de mode, mais pourraient tout aussi bien trouver leur place au cinéma et globalement au sein des arts de la scène – elle a par exemple déjà collaboré avec des artistes comme Lana Del Rey et Lady Gaga. À la croisée des chemins entre la créature et le robot, les tenues sont le résultat bluffant d’un jeu parfait des textiles et de la peinture. Visiblement très attachée au macabre et au bizarre, l’artiste accorde une importance certaine à souligner ses influences, parmi lesquelles le monstrueux mais également le sadomasochisme viennent prendre place.

3© Maciej Boryna

2© Wiktor Franko

À cheval entre le costume de scène et l’instrument de torture, certaines de ses créations se démarquent par leur aspect épineux et globalement effrayant, où l’usage de matières comme le cuir et le fer renvoie une image d’une élégance ambivalente, entre le sophistiqué et l’infernal.  Le traitement des matières apporte également un côté très organique au vêtement et accentue alors la force de son caractère jusqu’à le rendre vivant et presque indépendant de son porteur.

9© Christian Martin Weiss

12© Sylwia Makris

On peut par exemple retrouver quelques clin d’oeil à des films comme Orange Mécanique ou encore Alien.

16De gauche à droite : © Katarzyna Widmańska & © Maciej Boryna 

1Photo, montage et peinture : © Jarek Kubicki

Elle propose également sa propre vision du sacré et du profane, à travers d’autres costumes plus vaporeux qu’elle met en scène et retouche avec des photographes. Les situations représentées sur les clichés donnent à voir des muses nouvelles, aux accents d’Annonciation et d’autres grandes scènes religieuses dépeintes dans de nombreuses oeuvres classiques.

15© Sylwia Makris

10
© Christian Martin Weiss

De plus, en choisissant comme égérie Melanie Gaydos, actrice et mannequin américaine atteinte de dysplasie ectodermique, Katarzyna Konieczka cherche à représenter le bizarre et le déroutant en quelque chose de captivant, et rend sa grâce au « freak » qui par son savoir-faire se rapproche plus de l’ordre de magnifique.

7© Sylwia Makris

6© Christian Martin Weiss

'The Shadow and the Self'

The Shadow and the Self – Carl Jung x Gabriel Isak

pano

Nous n’avons encore jamais parlé de l’ombre sur le blog. Et pourtant en matière de monstres, il s’agit souvent d’un thème très récurrent.

L’ombre dans le monde occulte peut revêtir des formes très diverses, mais reprend la plupart du temps des codes similaires. L’ombre est le repère du monstre et de la chimère, qui se terrent dans l’obscurité et qui fuient la réalité. Même le public le moins friand de films d’horreurs sait d’emblée que l’ombre, la nuit, et globalement les lieux sombres se lient d’emblée aux créatures de l’imaginaire, néfastes ou juste effrayantes.

Mais en partant du principe que l’ombre est un simple phénomène physique, ou tout au plus l’indication d’une présence autre, qu’est-ce qui lui vaut cet aspect à la fois effrayant et mystérieux ?

L’artiste Gabriel Isak se penche sur la question à travers une série de clichés introduits par une citation de Carl Jung qui exprime parfaitement ces deux notions :

To confront a person with his shadow is to show him his own light. Once one has experienced a few times what it is like to stand judgingly between the opposites, one begins to understand what is meant by the self. Anyone who perceives his shadow and his light simultaneously sees himself from two sides and thus gets in the middle.

Les mots du psychiatre laissent entendre que confronter quelqu’un à son ombre revient à lui montrer sa lumière propre, soit sa réelle identité. Car en abandonnant la physique, ce qui constitue notre ombre dans un concept plus psychologique regroupe nos défauts et l’ensemble de nos démons, nos angoisses et nos fantasmes inavoués. C’est pour faire simple, le côté obscur de notre identité.

Carl Jung parle donc de l’ombre presque comme le fardeau de chacun ; un même monstre que nous partageons et qui nous est propre. Il exprime dans son oeuvre majeure la théorie qu’en affrontant cet autre que l’on refoule, l’on est alors en mesure de se connaître soi-même, dans son intégralité, et seulement alors de vivre selon un certain équilibre.

illu

Un équilibre au milieu de deux opposés que le sujet perçoit de manière égale et consciente, et qui lui vaut une certaine suprématie sur l’individu qui s’obstine à ne faire qu’un seul choix. Car si tout bon samaritain a ses vices, un criminel a lui aussi sa part de lumière ; ce n’est que parce qu’ils n’ont choisi qu’une seule voie et nié l’existence de l’autre que leur quotidien ne peut réellement trouver d’équilibre.

Et parce que l’on refoule cette part obscure, on la projette sur l’autre, pour se détacher d’un mal coupable qui vient ensuite générer de la honte. En partant de ce principe, on peut aisément expliquer la cause de la mauvaise foi : l’on reproche à l’autre ce qu’on rejette de nous-mêmes, et ce que l’on refuse de tolérer comme étant le “moi”.

C’est ce qu’arrive brillamment à retranscrire Gabriel Isak, photographe suisse de 25 ans, qui axe beaucoup son travail sur la notion d’être, de telle manière à la rendre perméable à son spectateur.

En se basant sur les théories de Jung, l’artiste imagine une mise en scène à la fois épurée et inquiétante, aux accents design et fantomatiques, où le blanc et le noir se rencontrent et s’affrontent sur plusieurs clichés. L’ombre apparaît d’abord carrée, comme une nuance abstraite à laquelle on aurait, par sécurité, délimité un cadre, instauré des limites ; la transformer en un solide facile à ranger.

Mais l’ombre se défait rapidement de ses liens pour s’en retourner vers son double, qui plutôt que d’accepter sa présence et l’indéniabilité de leur lien, lui tourne le dos et refuse de la voir en face. Très vite, l’ombre qui n’est alors pas consentie n’a d’autre choix que de s’imposer ; plus le sujet réfute son existence, plus l’ombre s’empare de son identité, jusqu’à effacer tout le reste.

illu2

Il y a cette idée populaire du Yin et du Yang dont la symétrie et ainsi l’équilibre ne demeurent possibles qu’à la suite de leur fusion.

A travers cette mise en scène de l’ombre de chacun, la série de Gabriel Isak couplée à la théorie de Jung laisse entendre que le monstre qui demeure en nous ne le devient alors que lorsque nous réfutons son existence et son influence sur notre équilibre.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

alien

Hommage à Hans Ruedi Giger

Si le mois de mai est souvent synonyme de jours fériés et de week-ends prolongés, il fut l’année passée une période de deuil et de multiples rétrospectives pour les amoureux du genre horrifique. Le 12 mai 2014, H.R. Giger, papa d’Alien (entre autres), meurt des blessures que lui occasionne une mauvaise chute.

Pour terminer ce mois de mai, je vous propose une petite rétrospective photo de son travail, peuplé de décors et de monstres parmi les plus inégalés en matière de design novateur.

alien

Avant de mettre au monde la bête du vaisseau Nostromo, Hans Ruedi Giger est un artiste designer, plasticien et illustrateur qui se fait d’abord remarquer par son travail sur l’adaptation de Dune (et oui, le ver de sable, c’est lui !), qui malgré l’abandon des principaux financiers, lui vaut de se faire embaucher par la production d’Alien. En effet, ses créations novatrices en matière de design lui vaut la confiance de Ridley Scott, qui flaire alors un certain potentiel en vue d’imaginer un monstre d’un genre nouveau, à des milles et des lieues de l’extraterrestre vert aux grands yeux vitreux.

verdune

Le ver des sables de Dune

alien2

alieeeen

Si l’on pense souvent à Alien quand on entend parler de Giger, c’est certes parce que le film est devenu un classique du genre, mais également parce que la patte même de l’artiste est omniprésente dans la représentation.

En effet, si les inspirations de l’artiste restent généralement très sombres, elles demeurent également très multiples. Piochant tour à tour chez des artistes comme Dado, Moreau, Guimard ou encore Bellmer, Giger se plaît à confectionner des décors et des créatures qui se mélangent et s’entremêlent. Son goût prononcé pour l’organique et la mécanique donne très souvent naissance à des créations nouvelles, impossibles à répertorier. À cheval entre deux mondes, ses oeuvres reflètent un aspect mutant et inconnu qu’il désigne lui-même comme la biomécanique.

Giger-The_Tourist_I_Biomechanic_bird-robot

Pour rappel, la biomécanique caractérise les réponses spatio-temporelles des matériaux biologiques, qu’ils soient solides, fluides ou viscoélastiques, à un système imposé de forces et de contraintes internes et externes. Pour simplifier Wikipédia, on peut estimer qu’il s’agit d’une certaine symbiose, une complémentarité entre deux éléments qui interagissent au sein de leur environnement, lui-même régit selon des règles qui lui sont internes ou externes. On peut aisément associer ce raisonnement au corps humain (et de tout être vivant), et c’est sans doute ce que Giger met en scène dans ses dessins.

giger

Les corps de l’artiste sont le plus souvent xénomorphes, et ne sont jamais définis par un caractère ou une nature uniques. La matière organique est directement en lien avec le mécanique, et se mue comme une étape intermédiaire entre le physiologique et la robotique. La créature d’Alien par exemple, par sa composition cuirassée digne d’une armure mortelle, se rapproche aussi bien d’un prédateur animal que d’un robot surdéveloppé.

alieeen

alieeen2

Son aspect phallique très notable au niveau du crâne renforce cette nature animale et puissante propre à toute créature dangereuse ; c’est une référence que l’on retrouve dans bien d’autres oeuvres de Giger, qui aime associer à ses visions fantastiques et cauchemardesque une dimension sexuelle et voire même obscène.

sabbat

L’inquiétante étrangeté de ses représentations est d’autant plus mise en valeur que l’artiste n’utilise que très peu de couleurs, et préfère user du procédé du clair-obscur, déjà très en vogue chez la plupart des peintres des écoles du Nord. Ainsi, si l’atmosphère est alors très froide, elle n’en demeure pas moins mystérieuse ; tout dans la composition et le choix des nuances laisse présager un destin funeste à quiconque oserait s’y aventurer. Le ciel, lorsqu’il est visible, est généralement sombre et profond, et donne l’image d’une apocalypse dans son émergence. En intérieur, le décor est détaillé et difficile à fouler ; les embûches semblent nombreuses et les issues inexistantes.

alien

decor1

decor2

Enfin, de façon plus globale, c’est la notion du parasite qui est fort présente. Qu’il s’agisse d’Alien ou d’oeuvres plus isolées, la composition est souvent pourvue d’un oeuf, ou d’une créature néfaste pour le spectateur, qui s’il y était confronté n’aurait aucune possibilité d’y échapper. Du traditionnel facehugger aux effrayantes machines corporelles, Giger ne se lasse pas d’imaginer des antagonistes et des prédateurs de nouvelles natures.

parasite

Il est donc fort à parier que sans le talent pluridisciplinaire et les inspirations multiples de Giger, Alien n’aurait sans doute jamais connu son énorme succès. Car c’est clairement à travers son caractère à la fois organique et mécanique que son aspect réussit à générer aussi bien la peur que la fascination, et ce sur plusieurs générations.

wind

Cheveux pt.2 – Indice d’une présence monstrueuse

Dans l’article précédent, j’avais déjà choisi de parler du cheveu, avec comme angle d’approche son aspect organique et propre à symboliser le passage entre la vie et la mort. Et le surnaturel, dans tout ça ? On y arrive. Car si le cheveu peut être un indice de mort, il apparaît dans d’autres contextes comme le témoin d’une véritable entité, dévoilant la présence “d’un autre”. Les prémices de cette représentation se trouvent dans cette sensation de froid dans le dos et de vent dans les cheveux qui viennent susciter une anxiété.

wind

I am the wind blowing through your hair ♫

Et comme très souvent dans l’horreur, la peur générée ne l’est jamais sans raison. S’il s’agit parfois d’un courant d’air annonciateur, il est également possible que ce phénomène dépasse les lois de la physique telle qu’on la connaît. Il ne s’agirait non plus d’une brise sur l’épiderme mais d’un contact direct avec une autre entité. Il n’est pas anodin de trouver en littérature un lien couramment établi entre le fantôme et la sensation de froid. En effet, dans l’imagerie populaire, le fantôme est défini comme un être sans vie, non palpable, et qui vole sous un drap blanc. Si quelques changements sont notables selon les histoires et les époques, nous retiendrons le fait que cette description ne définit aucunement quelque chose de physiquement chaud ou d’immobile. Et en partant du principe que les fantômes quittent rapidement le drap traditionnel pour lui préférer l’invisibilité, l’association au courant d’air qui soulève les cheveux semble alors beaucoup plus logique, voire même systématique.

Aussi, de nombreux films d’épouvante se sont approprié le thème afin de pouvoir l’inscrire dans la mise en scène. Il nous est ainsi possible de constater ce phénomène, souvent annonciateur d’un tournant effrayant au sein de l’intrigue. Car lorsque la météo ou le contexte ne suppose aucun vent, d’où peut bien venir cette force invisible qui soulève la chevelure ? Ce constat vient souvent prouver la présence d’une entité néfaste, qui transgresse la limite entre son monde et le vôtre pour s’emparer de vous. C’est le cas notamment dans Conjuring, de James Wan, où l’entité qui hante la propriété des Perron manifeste clairement sa présence dans la pièce, en faisant dresser les cheveux d’un des enfants au-dessus de sa tête. Et si ce n’était pas encore assez clair, l’esprit poursuit sur sa lancée en empoignant la chevelure du personnage afin de la tirer aux quatre coins de la pièce (par ici pour un bel aperçu.)

conjuring1

conjuring2-ok

C’est aussi le cas dans It Follows, de David Robert Mitchell (dont j’ai déjà parlé ici). Si l’entité de cette histoire, par sa nature abstraite, doit régulièrement emprunter l’apparence de quelqu’un pour suivre sa victime, c’est parce qu’elle est naturellement invisible. Cependant, elle manifeste également sa présence par d’autres moyens que la matérialisation corporelle. En effet, à l’instar de la scène dans Conjuring, celle de la plage dans It Follows montre que la chose se rapproche de sa victime (d’abord sous une forme corporelle), puis fait jouer ses cheveux dans les airs avant de devenir plus brutale.

itfollows1

itfollows2

Généralement, ces manifestations annoncent et précède le danger qui s’ensuit en faisant monter la pression à l’aide de cet habile procédé. Associer l’invisible à une sensation physique apparaît donc des plus ingénieux, aussi bien en terme d’esthétisme que de symbolisme.

Dans un autre registre, le cheveu peut également témoigner la présence d’une entité tout à fait visible pour le protagoniste. Dans certains cas en effet, l’entité prend directement possession d’un être, ou se fait passer pour lui pour parvenir à ses fins. Si certains personnages n’y voient que du feu (et heureusement, autrement l’horreur se meurt), il est cependant possible de déceler l’imposture à travers des détails physiques. Dans le cas de la chevelure, elle est souvent un indice visuel important qui témoigne de l’étrangeté du personnage auquel elle appartient.

C’est le cas par exemple dans Le Village des Damnés de John Carpenter, où les mystérieux enfants ont tous les cheveux d’un blanc immaculé, au lissage parfait presque surréaliste. Pour citer le contexte, ces enfants naissent tous au même moment et au même endroit après qu’une ombre étrange ait survolé la ville de Midwich et plongé ses habitants dans un profond sommeil. Dans la mesure où le comportement des enfants devient de plus en plus étrange et sujet aux suspicions, leurs cheveux leur confèrent cet air à la fois pur et hypnotique propre à des créatures venues d’ailleurs, évoluant sous une image beaucoup trop angélique pour être vraie.

village

village2

Dans un autre exemple, les cheveux dévoilent aussi la présence d’une entité dangereuse en suscitant la peur à travers l’animalité de leur aspect. C’est souvent le cas dans les films mettant en scène des cas de possession et des exorcismes, où la victime possédée n’a plus aucun contrôle sur son corps qui lui est dérobé. Dans L’Exorciste de William Friedkin, le personnage de Regan se fait posséder par le démon Pazuzu, qui au fil du temps défigure un peu plus l’apparence de la fillette. Outre d’autres signes ostentatoires de sa monstruosité (visage lacéré, yeux démoniaques et voix d’outre-tombe), les cheveux apparaissent ici comme un véritable atout en matière d’horreur.

exorcist

En effet, en comparaison avec la chevelure coiffée et lisse d’une Regan non-envoûtée, celle de l’enfant possédée est épaisse, éparse et sèche, victime de la transpiration, du mouvement et de la pression des autres membres ; telle une fourrure d’un monstre enragé, impossible à dompter. Les cheveux sont donc ici le symbole même de l’animalité qui s’imprègne dans l’organisme de Regan, et constitue une fois encore un indéniable lien entre la vie et la mort, qui s’entrechoquent dans un duel éprouvant. Dans ce cas précis du personnage de Regan (et dans la plupart des autres films d’exorcisme), le détail physique (du cheveu comme du reste) se veut témoin d’une animalité qui ne sait réellement définir sa place dans un monde unique. La possession démoniaque se voulant souvent très poche de la névrose par la démonstration des mêmes symptômes, le cheveu semble donc un allié tout choisi pour le scénariste en mal d’ambivalence.

Il y a donc une fois de plus dans cet usage du cheveu des qualités similaires à celui vu précédemment : l’on est à travers un élément organique à cheval entre deux mondes, entre deux états qui se rencontrent et qui s’affrontent. Le cheveu est ici un outil précieux pour sous-entendre l’étrangeté d’un personnage, et soumettre la peur au spectateur via le danger qui s’en émane.

Andrea Solario - Salome with the Head of Saint John the Baptist

Cheveux pt. 1 – Lien organique entre la vie et la mort

opheliaaa

Ce blog est tenu par une fille, donc il fallait que ça parle de cheveux. Je vous vois venir.

Le cheveu peut bien être blond, roux, ou encore bleu sur nos têtes, il n’est dans l’art pas toujours d’image aussi chatoyante pour représenter la fibre capillaire. S’il est sur la toile et pour nos coiffeurs un art de vivre que de vanter son aspect glamour, il trouve au sein de l’horreur un aspect bien plus éclectique (et avouons-le, bien plus effrayant.)

Dans nombre d’oeuvres artistiques – et ce, tous médiums confondus -, le cheveu est un symbole essentiel à la compréhension de l’histoire, de l’enchaînement des actions et de l’identité des personnages. De par sa nature organique et sa composition filaire, son champ des possibles s’avère ainsi très vaste en terme de représentation.

Pour commencer cette série sur le cheveu, axons le propos sur son caractère organique et sur sa prédisposition à symboliser le passage entre la vie et la mort.

Au sein de bien des scènes horrifiques, le cheveu apparaît souvent comme un indice ou un accessoire de mort. Beaucoup de rituels de magie noire nécessite des cheveux afin d’atteindre la cible escomptée. C’est notamment le cas dans La Porte des secrets, où le cheveu est physiquement instrumentalisé dans le cadre de rituels hoodoo (forme de magie noire originaire de Louisiane, qui contrairement au vaudou n’est pas une religion.)

Le cheveu devient donc ici un élément essentiel à la poursuite de l’histoire, dans la mesure où il se transforme en un outil indispensable à la malédiction proférée. 

Dans un registre plus pictural, la représentation physique du cheveu est là aussi directement liée à la mort du sujet, qu’elle soit imminente ou tout à fait récente. C‘est notamment le cas dans les représentations d’Ophelia, tragique personnage issu d’Hamlet, qui se donne la mort par la noyade. Ses cheveux sont généralement représentés sous un aspect filaire ou au contraire sous la forme d’une masse éparse, qui tendent toujours à se mêler à l’environnement dans lequel ils prennent place. En effet, la matière organique du cheveu est par essence bien plus longue à se décomposer que le reste du corps, et devient par là même un manifeste de la vie quittant le corps d’Ophelia, flottant doucement sur l’eau vers une destination nouvelle.

millais

ophélia

Les cheveux sont donc en tant que tels encore en vie, et font le lien entre le corps de la défunte et l’eau qui par sa nature même est symbole de vie, et dont le courant devient seul générateur de force permettant de mettre le corps en mouvement. Le cheveu se lie donc à cette masse liquide à la fois féconde et mortelle, comme pour symboliser l’âme qui s’étend peu à peu hors du corps vers d’autres horizons. Si la poésie de cette représentation est loin d’être visuellement horrifique, elle demeure l’une des plus macabres de l’histoire de l’art en termes de représentation funeste.

ophélia4

Cependant, l’horreur prend rapidement le dessus dans les tableaux de décapitation, où le barbare et le sang sont très souvent au devant de la scène. On trouve notamment dans l’oeuvre du Caravage et de Artemisia Gentileschi une scène de l’Ancien Testament, représentant Judith en train de décapiter le tyran Holopherne qui assiège son peuple.

Le Caravage Judith décapitant Olopherne

Judith decapitating Holofernes 1618 Artemisia Gentileschi

Michelangelo_Caravaggio_071

Même type de scène chez Andrea Solari, Gustave Doré et bien d’autres encore, qui à leur tour reprennent le thème de la décapitation, en axant la représentation cette fois non pas sur l’acte en lui-même mais sur son résultat : la tête est détachée du corps, bien mise en valeur par la main criminelle qui brandit son trophée par les cheveux.

Luini, Salome with the Head of John the Baptist

caravage

Andrea Solario - Salome with the Head of Saint John the Baptist

Keliks Michals Wygrzywalski

gustave-dore

Dans les deux cas, le cheveu est ici un témoin de la mort récente du sujet, et sert de moyen d’exposition pour la main meurtrière, dont les doigts se referment comme des serres sur la matière capillaire. De cette manière, le cheveu constitue alors un lien direct entre le cadavre et son bourreau, à nouveau comme une épaisse mais fragile passerelle entre la vie et la mort.

8

Diseaster bunny

8

Que vous la célébriez en famille ou en solo avec vos Ferrero (ou même pas du tout), vous n’avez pu passez à côté de cette journée de Pâques, où le chocolat règne en maître dans les vitrines (et sur les réseaux sociaux.) Si certains parlent des cloches et d’autres de poules prodigieuses, d’autres encore préfèrent la légende du lapin de Pâques, qui vient déposer des oeufs en chocolat au petit matin sur votre gazon (ou votre balcon, c’est selon.)

Si dans l’imaginaire populaire, le lapin de Pâques revêt une robe blanche, bleue, ou brune, il est de façon générale représenté de grande taille, doté d’intelligence et se tenant sur ses deux pattes arrières. Une créature bien imposante, qui détachée de son aura bienfaitrice se voit vite revêtir le statut de monstre, que les esprits les plus angoissés auront tout loisir d’imager selon leurs craintes. Et à en juger certaines productions à succès, le lapin de Pâques n’est pas le seul à disposer d’un obscur alter ego que la nuit réveille au premier grincement de parquet ; en effet, des oeuvres comme celles de Stephen King ou de R.L. Stine, en passant par certains slashers au cinéma, utilisent régulièrement des clowns, des pantins, et divers autres complices des enfants pour susciter l’angoisse des plus téméraires (ou au contraire, pousser la peur jusqu’au ridicule, comme dans Jack Frost où Michael Cooney donne au bonhomme de neige de nos contes de Noël un aspect maléfique ainsi qu’une âme de psychopathe.)

La liste est longue et nos aurons tout le loisir d’y revenir à travers une nouvelle thématique.

Pour l’heure, je vous ai concocté une petite sélection de photographies où le lapin n’a désormais plus rien de tendre mais semble au contraire tout droit sorti de vos cauchemars.

18

17 `16

15

14

13

12

11

10

9

3-bis

7

6

5

4

2

1

Rien n’est trop beau pour vous souhaiter de joyeuses Pâques (et la bonne nuit)…

Note : Les photographies de cet article ont été trouvées de façon assez hasardeuse sur Pinterest, et il m’est très difficile de retrouver le nom des artistes. Si certains vous viennent à l’esprit, n’hésitez pas à me le faire savoir afin que je dépose un crédit.

 

1

Alex Stoddard : entre conte et cauchemar

1

Jeune photographe californien, Alex Stoddard est l’un de mes favoris du moments. L’ayant récemment découvert sur la toile, j’ai tout de suite été séduite par l’aspect fantastique de ses photos. J’ai longtemps parcouru son site et ses clichés, et me suis notamment attardée sur la pluralité des thèmes que revêt la mystique de son travail.

De façon générale, il y a entre les photographies de l’artiste comme des passerelles qui mènent à chaque fois vers un monde différent de celui que l’on a visité. Chaque monde a son thème et son unité propre, et pourtant se rapproche de ses voisins à travers l’appartenance à un univers semblable. Je reviendrai certainement sur son rapport très sensible à la nature et à la place que l’homme y occupe ; mais c’est présentement sur son rapport à l’occulte et à l’étrange que je souhaite m’attarder.

4

11

Très souvent, c’est la même atmosphère, la même sensation qui se dégage de chaque cliché : la scène est inquiétante, souvent froide et insaisissable, comme un conte horrifique qui ne nous atteint que dans l’abstrait, comme un cauchemar qui n’a d’effet que sur notre d’esprit. Entre fantôme populaire et croque-mitaine revisité, l’artiste oscille entre l’épouvante traditionnelle et l’horreur moderne : le spectre naît sous un drap blanc, la sorcière aspire l’âme d’une enfant, et le démon se terre dans les abysses de l’ombre, qu’il s’agisse du coeur d’un homme ou d’un fleuve aux eaux troubles.

10

2

3

De cette manière, on peut supposer un aspect autobiographique dans ces représentations macabres. Car outre le fait qu’Alex Stoddard ait commencé la photo par des autoportraits, c’est essentiellement l’aspect familier des mises en scène qui vient toucher l’oeil du spectateur. L’on devine sans effort la présence de peurs primaires et d’autres frayeurs générées par la culture horrifique qui influencent naturellement son oeil pour le rendre presque palpable.

5

12

Car c’est en effet cette inquiétante mais bien réelle impression de déjà-vu et de vécu qui s’installe, et qui nous enrobe tout entier. Il y a dans le choix des plans et de la mise au point une indéniable dimension cinématographique : les personnages sont souvent en mouvement, et leur vraie nature est toujours sur le point de se révéler. Un peu si vous voulez, comme dans ces scènes de films d’horreur où le monstre se rapproche, et où l’issue fatale devient imminente : le suspense est à son comble, et l’on aime y être pris au piège.

9

8

7

6

En bref, cette partie la plus sombre de son travail détient dans son cadre aussi bien des histoires que l’on raconte à la nuit tombée pour exciter l’âme et perturber les sens, que les prémices d’une peur qui se révèle dans un imaginaire effrayant et sublime, comme tout droit sorti du cauchemar d’un enfant.

Pieta 2

Thomas Devaux : de la photo de mode au spectre pictural

thomasdevaux

Dans l’attente de vous parler de Lazarus Effect qui sort mercredi, je voulais vous faire découvrir (ou partager, c’est selon), mon vif intérêt pour le travail de Thomas Devaux, artiste photographe parisien que j’ai découvert lors de ma dernière année d’université, au cours de mes recherches sur le musée imaginaire de Malraux. Je travaillais en effet sur l’identité multiple en me basant sur le thème propre à Malraux, et recherchais à l’époque des visuels extérieurs susceptibles de correspondre aux idées défendues dans mon texte final. C’est Julie Ramage, doctorante à Paris Diderot et animant l’atelier qui m’a suggéré de jeter un oeil au travail de Thomas Devaux. Elle m’avait assurée que j’y trouverais sans doute mon bonheur, et que ses travaux pourraient sans aucun doute m’inspirer dans la poursuite de mon travail. Ça n’a pas raté : une visite sur son site et j’étais conquise.

La-Robe-et-Les-Fleurs2

C’est durant ses études cinématographiques que Thomas Devaux porte un intérêt tout particulier à la pluralité du support, à son expérimentation et à la symbolique qui en émane, au-delà même de l’objet représenté. En effet, à l’instar d’un certain Gerhard Richter, il parvient à mélanger la forme photographique à celle de la peinture : les deux médiums se lient et se confondent, et repoussent ainsi les limites de la forme finie. Le corps se décompose et se recompose, se fond dans le décor, et ses contours sont redéfinis : la matière devient le spectre d’une identité qui peut alors se mouvoir dans l’espace dans lequel elle évolue.

L-Arbre-(Paris-photo-2011-Thomas-Devaux)2

En-Haut-(Thomas-Devaux-web)2

Ainsi, certaines compositions évoquent le fantôme, d’autres le monstre et la chimère d’une nouvelle ère ; la mystique de ces photographies est totale, et apparaît d’autant plus évidente à l’oeil que l’artiste apporte une importance certaine à la symbolique du sacré et du profane. En effet, certaines représentations nous redirigent d’emblée vers une représentation personnelle et déviante d’une image biblique, qui à travers le mélange des disciplines artistiques revêt un halo de vanité, évoquant l’errance de l’être jusqu’à sa mort, tendance déjà propre à l’art baroque dans toute sa densité.

Pieta 2

Et si le sujet ne se réfère ni au religieux, ni au merveilleux de la culture populaire, il fragmente la représentation initiale pour la renouveler toujours plus : la matière se meut en une chose intangible et puissante, comme une fumée opaque qui s’évapore dans l’espace, créant alors une atmosphère étrange, où la conscience extérieure oscille entre la peur et la fascination. Il n’est donc pas surprenant d’apprendre que David Lynch (!) ait choisi d’exposer certains de ses clichés pour l’inauguration de son club Silencio (cf l’excellent Mulholland Drive.)

La-Main-(Thomas-Devaux)-web2

la-femme-et-les-fleurs-(zoom-thomas-devaux)2

Il y a dans les photographies de Thomas Devaux un univers tout entier, où se mêlent la vie et la mort, ce qui a été et ce qui devient ; la transformation que le temps, la perception et l’expérience opèrent sur le réel, bien trop souvent montré sous un jour factice (vous ai-je précisé que beaucoup de ses modèles sont des mannequins issues de défilés de mode ? Je vous laisse méditer sur ces derniers mots.)

Les-Fleurs-Rouges2

En clair, le style de Thomas Devaux est tel qu’il trouve parfaitement sa place dans mon propre musée imaginaire, dont ce blog cherche à défendre les grands principes : sublime, macabre, et innovant.

Les-Bras-(Thomas-Devaux-web)2

Thomas Devaux, au Grand Palais stand G6, salon Art Paris Art Fair, du 26 au 29 mars 2015.

ItFollowsFleurs

It Follows : de l’art de faire de l’horreur un genre contemplatif

Trêve de message de bienvenue interminable et sans saveur, j’attaque dans le vif du sujet (car personne ne les lit jamais, de toute façon.) Pour ceux qui se seraient éventuellement trompés de chemin : le titre du blog parle de lui-même.

Ici, on parlera de tout ce qui touche au bizarre, au macabre, et au merveilleux, aussi bien dans les domaines horrifiques, fantastiques, et psychologiques. En clair : tout ce qui se rapporte à l’étrange et à l’occulte dans le monde artistique.

Et pour cette première note, je tenais à vous faire part de ce que j’avais pensé d’It Follows.

ItFollowsTitre

Lire la suite